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Réalisation : Bertrand Tavernier
Distribution : Tommy Lee Jones, John Goodman, Peter Sarsgaard
Scénario : Mary Olson & Jerzy Kromolowski d’après l’oeuvre de James Lee Burke
Synopsis : Dans une petite ville de Louisiane, le corps d’une jeune femme est retrouvé déchiqueté près des marais. Dave Robicheaux, chargé de l’enquête va s’investir corps et âme au point d’aller déterrer des cadavres que tout le monde s’était empressé d’oublier …

Le dernier film de Bertrand Tavernier est dans les salles et, pour l’occasion, un contributeur extérieur, Mikl, a voulu se joindre à nous et y aller de sa critique. On l’accueille volontiers d’autant plus que le film ne l’a pas franchement laissé insensible… Exceptionnellement, « Dans la brume électrique » aura droit à un billet en deux parties : Pour et Contre.

Pour (par Mehdi)

Ne passons pas par quatre chemins : « Dans la brume électrique » est une réussite totale. Adapté d’un roman de James Lee Burke, cette collaboration aussi inattendue que maîtrisée entre Bertrand Tavernier et Robert Mitchum Tommy Lee Jones s’impose comme l’un des grands films du premier semestre 2009.

Plus jeune, je détestais quand quelqu’un disait d’un film qu’il était étrange ou bizarre. Chacun est bien évidemment libre d’apprécier un film, et toute autre œuvre artistique d’ailleurs, à sa façon mais ces termes ne renvoient à rien de bien défini, à aucun concept, aucune idée. On dit d’un film qu’il est bizarre quand on n’a pas compris grand-chose à l’intrigue ou que la réalisation est trop (ou pas assez) sophistiquée pour nous. En gros, « Mulholland drive » et la plupart des films de David Lynch sont bizarres, « Les lois de l’attraction » est un film réalisé de façon étrange, idem pour « Brazil » ou « Blade Runner ». Alors que dix mille autres expressions seraient parfaites pour décrire ces films, le spectateur désarçonné préfère tristement les réduire à une œuvre bizarre et/ou étrange.

Si je fais cette précision, c’est justement que l’envie m’est venue de qualifier « Dans la brume électrique » d’œuvre étrange. Avant de me rappeler que ça ne signifiait pas grand-chose. Toutefois, il y a dans le dernier film de Tavernier quelque chose qui n’est pas sans rappeler l’atmosphère des films de David Lynch. Comme dans « Sailor & Lula » ou, évidemment, « Mulholland drive », à plusieurs reprises on ne sait pas vraiment si l’on est dans le rêve ou la réalité, si les personnes avec qui l’on s’entretient sont vivantes ou en live de l’au-delà. Parce qu’en plus d’être un policier remarquablement mené, « Dans la brume électrique » est un film sur les morts, ces corps reposant sous terre dont les esprits et leurs souvenirs continuent de perturber les vivants. Ces fantômes qui ne sont pas là pour vous terroriser mais simplement pour faire en sorte que vous n’oubliez pas, que vous ne les oubliez pas.

Hormis cela et les scènes déroutantes que ça engendre, « Dans la brume électrique » est un policier magnifiquement mené de bout en bout. Tavernier nous emmène dans une longue et lente ballade dans cette Louisiane ravagée par Katrina dont les habitants paraissent absolument seuls au monde. Un vieux guitariste qui a le blues, un acteur alcoolique au fond du trou, un gangster qui investit ses billes dans la production de films… Des personnages haut en couleurs qui ont tous un rôle à jouer au fur et à mesure que l’intrigue se déroule.

« Dans la brume électrique » repose aussi sur les larges épaules de Tommy Lee Jones qui semble avoir fait sienne la célèbre phrase de Robert Mitchum : « This is not a tough job. You read a script. If you like the part and the money is O.K., you do it. Then you remember your lines. You show up on time. You do what the director tells you to do. When you finish, you rest and then go on to the next part. That’s it. » Charismatique à souhait, Tommy Lee Jones donne l’impression de ne rien faire ou si peu. Il se contente simplement d’être là comme s’il honorait le spectateur de sa présence. Et ça fonctionne terriblement bien.

Film anachronique tant par sa mise en scène que par son personnage principal – Dave Robicheaux qui emprunte un peu à la brutalité de Cagney et beaucoup au flegme de Bogart -, « Dans la brume électrique » tient le spectateur en haleine pendant plus de deux heures. Et non sans un certain brio. Si l’on peut regretter un dénouement un brin trop rapide en comparaison de la durée du film, la scène finale finit de nous convaincre que l’air de la Louisiane fait du bien à Tavernier.

P.S : Ca doit tout de même lui faire bizarre au père Tavernier de passer de Phillipe Torreton à Tommy Lee Jones.

Contre (par Mikl)

Depuis « Da Vinci Code », l’heure est à l’adaptation de best-seller. Soit.
Le cinéma Hollywoodien paye bien et surtout permet une reconnaissance artistique internationale, que ce soit pour l’acteur ou, et c’est ici le sujet, pour le réalisateur (en l’occurrence français). Soit.
Mais là, non !

A la vue de la bande-annonce de son dernier film, « In The Electric Mist », Bertrand Tavernier nous laissait présager du gros, du très gros. Un Tommy Lee Jones au sommet de son art après des cartons ( « Space Cowboys », « Men in Black » ou plus récemment, (plus sérieusement aussi !), « No Country for Old Men » et « In the Valley of Elah »), une intrigue parfaite pour son énorme charisme (un ancien détective alcoolique se lance sur les traces d’un tueur en série dans un village au fin fond de la Louisiane). Sans oublier un John Goodman souvent très bon, notamment dans les « Blues Brothers » ou dans SON film référence « The Big Lebowski ». Bref, du lourd en perspective.

Mais dès le début, c’est le drame. A peine le film débuté, on a le droit à une scène on ne peut plus banale pour mettre en situation la caractère du personnage : Tommy Lee Jones repousse le verre d’alcool qu’il vient d’acheter au bar dans lequel il est seul face à lui-même, ça va sans dire. Virilité, force de caractère, solitude : tout est bon, hormis la mise en scène digne d’une série B.

Et là commence le labyrinthe cérébral mal orchestré par Bertrand : Tommy Lee Jones, en plus de retrouver la femme tuée par le serial killer, retrouve le corps d’un noir mort en 1965. Pour élucider ces mystères, il interroge ses amis, dont un noir âgé qui lui répond sans lui répondre car « on est toujours en Louisiane ici », mais aussi son ennemi avec qui il est allé en classe et qui est aujourd’hui un truand local (interprété par Jonh Goodman qui n’est pas arrangé par le film, voir notamment sa sortie de piscine).
Attention spoiler : Bien évidemment, on tente de tuer notre cher ancien détective que ça a l’air de laisser mais alors complètement indifférent, à tel point qu’on se demande même s’il comprend qu’on veut sa peau. Ca nous donne d’ailleurs la scène assez grotesque du bateau dont on comprend dès le début la fin. Il passe son imperméable à une femme déjà trempée qui, ô surprise, se fait tirer dessus par une balle tirée d’une voiture présente depuis un bon quart d’heure, la fenêtre baissée depuis autant de temps alors qu’il pleut à torrent, ce qui ne nous laisse pas présager du tout ce qu’il va se passer.
A cela s’ajoute des petites scènes, qui m’apparaissent comme étant des petits délires, dans lesquelles Tommy parle à un général, qui n’ajoutent que peu à l’intrigue déjà moyenne.
La fin se passe de commentaires, surtout qu’on ne comprend pas (ou en tout cas je n’ai pas compris) qui a tué la jeune fille du début…

En conclusion, on retrouve un film à l’intrigue assez tordue limite parfois grotesque, au prétexte de vouloir créer une atmosphère de thriller à laquelle on n’accroche que 15 minutes, un film où il y a des personnages complètement anodins ce qui en soit n’est pas grave mais qui ici favorisent l’incompréhension générale, un film où l’on a l’impression qu’ils n’ont pas eu le temps de tourner une fin digne de ce nom.
Je dirais donc que si vous êtes, comme moi, fasciné par ce grand acteur qu’est Tommy Lee Jones et ses prestations une fois encore bien au-dessus de la moyenne, allez le voir, mais pour le film… ne vous attendez surtout pas à être électrisé.

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