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« I see dead people« 

5 janvier 2000 : «Sixième sens» sort en salles. Le film, troisième long-métrage du réalisateur et scénariste américain M. Night Shyamalan, fait l’effet d’une bombe grâce à son twist final, l’un des plus forts du cinéma avec celui d’ «Usual Suspects». Une partie de la presse crie au génie. Les spectateurs ayant déjà vu le film sont alors priés de la boucler pour ne pas gâcher le plaisir de la découverte à leurs petits camarades. L’histoire, les rebondissements, la réalisation… tout semble extrêmement novateur. Et pourtant…

Pourtant, Shyamalan n’a rien inventé. Une quarantaine d’années plus tôt, une petite production à 30000 dollars (une misère), évoquait déjà tout ces thèmes, et s’achevait par un twist équivalent. C’était en 1962, et ce petit film d’une heure et quart aujourd’hui oublié s’appelait «Carnival of Souls». Un petit film oublié, certes, mais qui a longuement hanté l’esprit des spectateurs l’ayant visionné, parmi lesquels David Lynch, George Romero et John Carpenter, qui s’en sont inspirés à des degrés divers au cours de leur carrière. Un petit film oublié et sans prétention qui prend la poussière depuis des décennies mais a donc eu une influence majeure sur le cinéma fantastique.

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L’histoire en est simple. Seule survivante d’un accident de voiture, Mary part vivre dans l’Utah, où elle vient de trouver du travail – elle est organiste dans une église. Son souhait : reprendre une vie normale et oublier le tragique accident qui a coûté la vie à deux de ses amies. Mais dès le début de son voyage, des êtres fantomatiques qu’elle est la seule à voir apparaissent et semblent la poursuivre.

Le film de Herk Harvey – son seul long-métrage, le reste de sa filmographie est constitué de documentaires et de courts – vaut plus par son atmosphère, onirique et effrayante, que par sa finesse scénaristique. «Carnival of Souls» n’a pas de réelle trame narrative, mais est construit autour du personnage de Mary, suivant son arrivée dans la ville, son trouble et son attirance obsessionnelle vers un ancien parc d’attractions en ruines.

Malgré ses défauts et certains éléments ayant mal vieilli, «Carnival of Souls» reste un grand film. Par ses plans de fantômes et de ruines désertes en noir et blanc, son ambiance, sa bande originale angoissante jouée à l’orgue mais aussi par son actrice principale, Candace Hilligoss, parfaite dans le rôle de Mary, toujours sur le qui-vive et paralysée par la peur. Pour la petite histoire, Harvey avait failli ne pas la retenir pour le rôle, la jugeant démodée et mal fagottée, avant de revenir sur sa décision lors d’une seconde rencontre.

« Ce film a souvent hanté mes rêves », déclarait David Lynch à propos de «Carnival of Souls». Rien d’étonnant à cela, tant l’ambiance générale rappelle les films du réalisateur de «Lost Highway», quelque part entre rêve, cauchemar et réalité, et dans lesquels il vaut mieux ne pas chercher d’explication plausible. Harvey, lui aussi, brouille les pistes, ne cherche pas à expliquer de manière «cartésienne» son histoire – ce qui lui fut reproché à l’époque, le public et les critiques attendant un dénouement plus logique.

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