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Archive for février 2009

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« I see dead people« 

5 janvier 2000 : «Sixième sens» sort en salles. Le film, troisième long-métrage du réalisateur et scénariste américain M. Night Shyamalan, fait l’effet d’une bombe grâce à son twist final, l’un des plus forts du cinéma avec celui d’ «Usual Suspects». Une partie de la presse crie au génie. Les spectateurs ayant déjà vu le film sont alors priés de la boucler pour ne pas gâcher le plaisir de la découverte à leurs petits camarades. L’histoire, les rebondissements, la réalisation… tout semble extrêmement novateur. Et pourtant…

Pourtant, Shyamalan n’a rien inventé. Une quarantaine d’années plus tôt, une petite production à 30000 dollars (une misère), évoquait déjà tout ces thèmes, et s’achevait par un twist équivalent. C’était en 1962, et ce petit film d’une heure et quart aujourd’hui oublié s’appelait «Carnival of Souls». Un petit film oublié, certes, mais qui a longuement hanté l’esprit des spectateurs l’ayant visionné, parmi lesquels David Lynch, George Romero et John Carpenter, qui s’en sont inspirés à des degrés divers au cours de leur carrière. Un petit film oublié et sans prétention qui prend la poussière depuis des décennies mais a donc eu une influence majeure sur le cinéma fantastique.

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L’histoire en est simple. Seule survivante d’un accident de voiture, Mary part vivre dans l’Utah, où elle vient de trouver du travail – elle est organiste dans une église. Son souhait : reprendre une vie normale et oublier le tragique accident qui a coûté la vie à deux de ses amies. Mais dès le début de son voyage, des êtres fantomatiques qu’elle est la seule à voir apparaissent et semblent la poursuivre.

Le film de Herk Harvey – son seul long-métrage, le reste de sa filmographie est constitué de documentaires et de courts – vaut plus par son atmosphère, onirique et effrayante, que par sa finesse scénaristique. «Carnival of Souls» n’a pas de réelle trame narrative, mais est construit autour du personnage de Mary, suivant son arrivée dans la ville, son trouble et son attirance obsessionnelle vers un ancien parc d’attractions en ruines.

Malgré ses défauts et certains éléments ayant mal vieilli, «Carnival of Souls» reste un grand film. Par ses plans de fantômes et de ruines désertes en noir et blanc, son ambiance, sa bande originale angoissante jouée à l’orgue mais aussi par son actrice principale, Candace Hilligoss, parfaite dans le rôle de Mary, toujours sur le qui-vive et paralysée par la peur. Pour la petite histoire, Harvey avait failli ne pas la retenir pour le rôle, la jugeant démodée et mal fagottée, avant de revenir sur sa décision lors d’une seconde rencontre.

« Ce film a souvent hanté mes rêves », déclarait David Lynch à propos de «Carnival of Souls». Rien d’étonnant à cela, tant l’ambiance générale rappelle les films du réalisateur de «Lost Highway», quelque part entre rêve, cauchemar et réalité, et dans lesquels il vaut mieux ne pas chercher d’explication plausible. Harvey, lui aussi, brouille les pistes, ne cherche pas à expliquer de manière «cartésienne» son histoire – ce qui lui fut reproché à l’époque, le public et les critiques attendant un dénouement plus logique.

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Par respect pour mon collègue, je n’avais pas fait de contre-billet suite à l’euphorie qui s’est emparée de lui au moment où il s’était décidé à faire part au monde de son enthousiasme pour « Benjamin Button », dernier film de David Fincher.

Je ne vais pas en faire un maintenant. Déjà parce que je n’ai pas le temps (je découvre seulement « The Wire » alors vous comprendrez que les minutes sont précieuses) et ensuite parce que je n’ai pas assez détesté « Benjamin Button » pour contredire Amine.

Toutefois, et Amine m’en est témoin, le sentiment qui m’a immédiatement habité à la vision du film était d’avoir été légèrement pris pour un idiot. Simplement parce qu’on a l’impression que ce film, plus que par envie, a été fait uniquement pour les Oscars. Comme l’establishment hollywoodien n’a pas su reconnaître les sommets qu’étaient « Seven », « Fight club » et, à un degré moindre, « Zodiac », David Fincher s’est senti obligé de faire son bon gros produit oscarisable. Pour ça, la recette tient en assez peu d’éléments :
• Un scénariste reconnu
• Une durée minimal de 2h30
• Un couple bankable
• Un sujet original mais une forme on ne peut plus classique.
Et Bim, Bam, Boum, vous avez, en théorie, votre rampe de lancement pour la statuette.

Sauf que, cette année, personne n’a été dupe. Sincèrement, comment ne pas ressentir une pointe de déception en sortant de la projection du film ? C’est simple, avant de rentrer dans la salle vous saviez que vous verriez l’histoire d’un bonhomme qui naît vieux et meurt bébé. En en sortant, vous ne savez…rien d’autre. Non, ça n’est même pas un spoiler puisque je ne dévoile rien. Pendant le film, il ne se passe pas grand-chose d’autre que ce qui nous avait été annoncé par le synopsis d’Allociné ou, mieux, par celui de Theater of the Mind.

Indéniable ceci dit que le film comporte quelques jolies scènes. Les retrouvailles de Benjamin avec sa famille après son exil en Russie, le retour d’un Brad Pitt juvénile au cours de danse d’une Cate Blanchett usée par les années et, surtout, cette scène iconoclaste qui nous rappelle qu’un petit rien suffit à provoquer d’énormes changements. Elle est bien cette scène mais, comme me le faisait remarquer ma camarade de salle, elle n’a pas grand-chose à voir dans le film. Anecdotique ? Oui ça doit être ça.

Alors voir qu’un film calibré pour les Oscars s’est fait soufflé la récompense ultime par une bande d’Indiens dirigée par le réalisateur de « Trainspotting », ça fait zizir comme dirait un rappeur qui crache sa couleur à la radio comme dans une babtou.

Et puis si vous teniez absolument à voir un film de plus de deux heures avec Brad Pitt et Cate Blanchett, vous pouviez très bien revoir « Babel ».

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Réalisation : Michael Lehmann
Distribution : Bruce Willis, Danny Aiello, Andie Macdowell, James Coburn, Richard E. Grant…
Scénario : Steven E. De Souza, Daniel Waters, Bruce Willis, Robert Kraft.
Synopsis : Un cambrioleur à la réputation légendaire sort enfin de prison après dix ans d’incarcération. Bien décidé à se ranger des voitures, il va se rendre compte que bien des choses ont évolué en une décennie. Et que son passé est déterminé à le rattraper.

Dans mon collège, il y avait un C.D.I où l’on pouvait emprunter ou consulter toutes sortes de livres. Quand j’avais une heure de « trou » comme on disait, que je n’avais aucune envie de la passer en permanence sous la surveillance d’un pion zélé et que la perspective de traîner soixante minutes dans la cour de récréation ne me disait guère, je me décidais à pousser la porte du C.D.I. Si je conserve un bon souvenir général de cet endroit, je ne me rappelle pas précisément ce que j’y faisais. Malgré tout, il me reste encore quelques flashbacks éparses de cette période : un synthétiseur toujours utilisé par un pianiste improvisé, un UNO vieillissant, un adorable petit bout de femme prénommé Maguie qui gérait le tout et…quelques livres des records.
Oui, des Guiness Book, en vrai. J’en entendais parler depuis mon plus jeune âge sans savoir à quoi ça ressemblait véritablement. Et là, il y en avait 2 ou 3, chacun représentant une année. J’en ouvre un. Le survole jusqu’à la rubrique cinéma. Et là un mythe s’effondre.

« Hudson Hawk, gentleman cambrioleur » était dans le livre des records. Mais pas pour un record de Golden Globes remportés ou pour le meilleur démarrage de l’histoire. Non, « Hudson Hawk » était à l’époque répertorié comme le plus gros flop de l’histoire du cinéma. Et là, j’ai compris pourquoi il faisait partie de ces films vendus pour quelques francs supplémentaires dans les menus enfants de Quick. De mémoire, il y avait aussi « Last Action Hero » et « Hook ». Soit des films mythiques pour la génération 84-88 mais des oeuvres considérées généralement comme de très nets échecs par la critique.

Et pourtant…Pourtant, « Hudson Hawk » méritait la reconnaissance éternelle.

« Hudson Hawk » est un film volontairement stupide. Il ne cherche pas les récompenses ou le panthéon. Juste 1H30 de grande délire, de coolitude assumée, de vannes foireuses (« Je veux apprendre la tyrolienne aux sourds muets »), de répliques débiles (« vous n’imaginez pas ce que c’est de se faire appeler syphilis pendant 5 ans »), d’Andie Mcdowell, de scènes absolument hors du commun (qui aurait imaginé James Coburn se lancer dans une démonstration ahurissante de kung-fu ?) et, surtout, de Bruce Willis.

A cette époque, l’ami Bruce oscille encore entre films d’actions (les deux premiers « Die Hard ») et comédies populaires (le trop méconnu « Boires et déboires »). « Hudson Hawk », c’est un petit peu la synthèse de tout ça. En roue libre, il retrouve l’aisance et le bagoût qui caractérisait son personnage dans l’excellente série « Claire de lune ».

Aparté : Si vous ne connaissez pas cette série, rattrapez vous. Vraiment. « Clair de lune », c’est un duo de détectives interprétés par Bruce Willis et Cybill Shepherd (la proie de Travis Bickle dans « Taxi driver ») qui font équipe pour le pire et pour le meilleur. A voir.

Depuis quelques années et « Ocean’s eleven », les arnaqueurs cools sont revenus à la mode. Sauf qu’en réalité, ni Mark Wahlberg, ni Jason Statham et surtout pas Jean Dujardin n’ont la facilité de Bruce Willis.

Parce que Bruce Willis n’utilise pas de chronomètre lorsqu’il cambriole. Il se contente d’utiliser une de ses chansons préférées dont il connaît la durée exacte. Preuve en images avec la scène de braquage la plus cool de l’histoire du cinéma :

Et tout ce qu’il voulait c’était un Capuccino.

Bonus : Si vous aimez Bruce Willis qui chante, vous ne pouvez pas manquer John Mclane feat The Temptations.
Et puis, en parlant de « Clair de lune », une vidéo d’un Bruce Willis chevelu reprenant Chubby Checkers, Aretha Franklin et, déjà, les Temptations.

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-L’incroyable histoire de Benjamin Button-The curious case of Benjamin Button-

Sortie : Mercredi 04 Février 2009


Réalisation : David Fincher
Distribution : Brad Pitt, Cate Blanchett, Julia Ormond, Taraji P. Henson, Jason Flemyng, Tilda Swinton, Jared Harris
Scénario : Eric Roth, d’après l’oeuvre de Francis Scott Fitzgerald  » The curious case of Benjamin Button »
Synopsis : Le jour qui mit un terme à la « Der des Ders » vit la naissance du jeune de Benjamin Button, être étrange qui naquit vieux et qui allait vivre sa vie à l’envers. Naitre âgé,faire ses premiers pas en chaise roulante et rajeunir de jours en jours n’est pas une tâche facile. Mais aimer quelqu’un dont la vie n’a pas le même sens, n’aide pas les choses.  Une simple histoire d’amour? Sûrement pas. Une réflexion sur la vie et le sens qu’on veut/peut lui donner. Beaucoup plus que ça.


Il est assez rare de voir un film de plus de 2h 30 au cinéma. Il est rare de voir un Steven Spielberg ou un Ron Howard abandonner des scénarios face aux difficultés de mise en scène rencontrées. Il est très rare de voir un film nominé 13 fois aux Oscars. Il est extrêmement rare de de ne pas être lassé de 155 minutes de film et d’en redemander encore et encore une fois la pellicule arrivée au bout.

Il existe des couples cinématographiques aux collaborations fructueuses tels que « Burton/Depp », « Allen/Johansson », « Besson/UMP Réno », « Marshall/Auteuil », et bien d’autres ( à vous de compléter la liste dans les commentaires si un couple vous vient à l’esprit). Désormais, il y aura le couple « Fincher/Pitt » . Alors oui, je vous vois arriver sur vos grands sabots manifester votre haine face à cette dernière phrase : « Mais quel goujat ce gus, on n’a pas attendu « Benjamin Button » pour que « Fincher/Pitt » existe!Pauv’ type » Bien entendu, non. Ne me faites pas écrire ce que je n’ai pas écrit. Si l’on devait imager l’évolution dudit couple, « Seven » serait la rencontre, « Fight Club » la nuit d’amour, et « Benjamin Button » l’enfant prodigue né de cette relation. Dans le milieu footballistique, David Astorga aurait parlé là d’un ‘hat trick ». 3 essais, 3 buts.  Et pour Eric Roth, le scénariste, on ne parle plus de « coup du chapeau », mais bel et bien d’un « coup de grâce ». Après avoir scénarisé l’humble « Forrest Gump », « L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux », « Munich », ou encore  » Ali », Roth s’est attelé à adapter (très librement soit dit en passant) une nouvelle du début du 20ème sicèle de Francis Scott Fitzgerald d’une cinquantaine de page  en un chef-d’œuvre cinématographique de 2h35. Et on en redemande.

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Film fantastique, drame, romance, comédie, film historique. On ne sait pas trop sur quel pied danser. Mais une chose est sûre, « L’incroyable histoire de Benjamin Button » est un film aux multiples messages, notamment sur l’amour et sur la vie en général, le sens qu’on veut lui donner. Le sens qu’on peut lui donner. Quel est le véritable sens du temps? Vivre sa vie à l’envers nous empêcherait-il de réaliser tous nos rêves? Y-a-t-il un moment critique dans nos vies pour réaliser nos rêves les plus fous? Et le destin dans tout ça? La situation plutôt cocasse du personnage principal ne nous laisse pas indifférent. Benjamin aime Daisy. Daisy aime Benjamin. Jusqu’ici, tout va bien. Mais pour eux, la vie n’a pas le même sens. Leurs courbes d’âge vont se croiser, tout comme leurs trajectoires respectives au cours d’un 20ème siècle superbement mis en scène. Elie Roth n’en est pas à sont premier coup d’essai, puisqu’il avait réussi une prouesse identique en nous faisant découvrir les différentes facettes des Etats-Unis à travers les yeux de Gump, « Forrest Gump ». Bien que le style soit totalement différent, l’idée n’en demeure pas moins proche avec « Benjamin Button ».

On a droit tour à tour à un Brad Pitt en chaise roulante, à moitié sourd et mal-voyant dans les années 30, un Brad Pitt qui prend goût à la mer et qui découvre la cruauté de la 2nde guerre mondiale, un Brad Pitt « Peace&Love » qui ne vit que d’eau fraiche et d’amour à une époque où l’acronyme SIDA n’était pas dans les dictionnaires. Mais on a surtout droit à un Brad Pitt au top de son swagger dans les années 60, en sosie officiel de James Dean, lunettes noires, béret vissé sur la tête, blue jean, le tout emboité sur une Triumph(cf. première photo au début de l’article). A ses côtés, la superbe Cate Blanchett, la petite rouquine qui ne vit que pour la danse classique et qui va petit à petit réaliser son rêve, quittant la Nouvelle-Orléans pour vivre sa passion le matin à Paris, le soir à New-York.

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Librement inspiré de la nouvelle éponyme de Fitzgerald, « L’étrange histoire de Benjamin Button » n’est rien d’autre qu’un poème sur le temps, l’amour, le destin. Sur la vie. Véritable chef-d’œuvre cinématographique, les prestations des acteurs n’en sont pas moins dénaturées par des effets spéciaux haute-qualité qui ont permis tantôt de rajeunir le couple « Benjamin/Daisy », tantôt de le vieillir. Je pourrais vous en parler des heures durant tant le film est complet, mais le mieux et que vous alliez le voir. Vous ne pouvez pas rester indifférent face à une telle maitrise du cinéma. Un classique.

« -Good Night Daisy. »

« -Good Night Benjamin. »

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